Pendant longtemps, Alix Didier Fils-Aimé a été perçu comme un acteur secondaire du jeu. Un homme du secteur privé sans appareil partisan, sans capacité apparente de nuisance. Aux yeux de plusieurs membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), il incarnait le profil idéal : un Premier ministre supposément malléable, appelé à exécuter plutôt qu’à résister. L’histoire, pourtant, a pris une tout autre tournure.
Lorsque le CPT devait initialement désigner un chef de gouvernement, des noms circulaient avec insistance mais deux revenaient souvent: celui de Garry Conille et celui d’Alix Didier Fils-Aimé. Le premier fut préféré. Sauf que, Garry Conille est rapidement perçu comme trop indépendant, trop combatif, trop peu enclin à se plier aux injonctions des conseillers présidentiels. Très vite, la cohabitation devint conflictuelle. Conille contestait, résistait, s’opposait. Il ne faisait pas « leur travail ».
Sa révocation a ouvert la voie à Alix Didier Fils-Aimé. Un choix qui, dans l’esprit de plusieurs conseillers, relevait davantage du calcul que de la conviction. En le nommant, ils pensaient avoir trouvé un Premier ministre docile, prêt à endosser les décisions du CPT, à porter politiquement ses choix et à faciliter son contrôle sur l’appareil d’État. Alix Didier Fils-Aimé était vu comme un exécutant, non comme un stratège.
Pendant plus d’un an, l’équilibre a tenu. Le Premier ministre gouvernait sans éclat, sans fracas, dans une relative harmonie avec le CPT. Une coexistence que beaucoup ont interprétée comme la preuve de sa faiblesse politique, voire de sa dépendance. Mais à l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, les cartes ont été rebattues.
À moins d’un mois de l’échéance fatidique, certains conseillers présidentiels ont tenté un dernier coup de force : limoger Alix Didier Fils-Aimé, nommer un nouveau Premier ministre et reprendre la main sur le processus électoral. L’objectif était clair : contrôler l’après-CPT, orienter la transition et peser sur les futures élections. Cette fois, le Premier ministre ne s’est pas laissé faire.
Alors que les manœuvres se multipliaient en coulisses, la communauté internationale est intervenue, opposant un véritable droit de veto à toute tentative de déstabilisation de l’exécutif. Les pressions internes se sont heurtées à un mur externe. Malgré les offensives répétées, Alix Didier Fils-Aimé est resté en poste. Contre toute attente, c’est lui qui a remporté l’épreuve de force.
La fin du mandat du CPT n’a pas emporté le Premier ministre. Bien au contraire. À la faveur du vide institutionnel et des décisions adoptées en Conseil des ministres, Alix Didier Fils-Aimé est devenu le seul détenteur du pouvoir exécutif. Celui que l’on croyait sans assise s’est retrouvé au centre du jeu. Celui que l’on pensait manipulable a survécu à ceux qui croyaient le contrôler.
Aujourd’hui, le rapport de force est totalement inversé. Le CPT a disparu de l’équation, tandis qu’Alix Didier Fils-Aimé concentre entre ses mains les leviers de l’État. Il n’est plus le figurant choisi par défaut, mais le pivot incontournable du pouvoir. Son ascension n’est pas celle d’un tribun charismatique, mais celle d’un survivant politique, qui a su attendre, encaisser et profiter du moment décisif.
Alix Didier Fils-Aimé gouverne désormais seul. Reste à savoir s’il saura transformer cette victoire tactique en projet politique durable. Mais une chose est certaine : le figurant est devenu maître du jeu.








