La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) dresse un bilan préoccupant des finances publiques pour l’exercice 2024-2025. Selon son rapport de 137 publié ce mardi 6 octobre 2026, le pays a enregistré un déficit budgétaire de 22,6 milliards de gourdes, tandis que seulement 46,8 % des dépenses prévues pour les programmes et projets ont été exécutées.
Dans son douzième Rapport sur la situation financière du pays et l’efficacité des dépenses publiques, la Cour relève également une économie en récession pour la septième année consécutive. Le PIB réel a diminué de 2,7 %, malgré une contraction moins forte que celle enregistrée l’année précédente. La crise économique continue de peser lourdement sur le pays.
Entre 2018-2019 et 2024-2025, le PIB réel est passé de 658,3 milliards à 552,5 milliards de gourdes constantes, soit une contraction cumulée d’environ 16,1 %. Cette situation s’explique notamment par l’insécurité, les difficultés de circulation et les perturbations des activités économiques. Les problèmes d’approvisionnement ont également affecté les entreprises, les marchés et les ménages.
Les trois grands secteurs économiques ont d’ailleurs reculé durant l’exercice. Le secteur primaire a diminué de 4,7 %, le secondaire de 5,1 % et le tertiaire de 2,7 %.
L’agriculture et l’industrie lourdement touchées
Dans l’agriculture, la valeur ajoutée a baissé de 4,7 %, dans un contexte marqué par l’insécurité, les difficultés d’accès aux intrants et les aléas climatiques. La production du principal bassin rizicole de l’Artibonite a notamment chuté de 19 %.
Le secteur secondaire a connu une situation encore plus difficile. La construction a reculé de 6,4 %, les activités manufacturières de 4,3 %, tandis que la production d’électricité, de gaz et de vapeur a diminué de 14,3 %.
Dans les services, l’hébergement et la restauration ont enregistré la plus forte baisse, avec 21,1 %. Le transport et l’entreposage ont reculé de 15,4 %, tandis que le commerce de gros et de détail a diminué de 7,7 %.
Des prix toujours sous pression
La récession s’accompagne d’une forte inflation. En septembre 2025, la hausse des prix a atteint 31,9 % sur un an, contre 27,9 % à la même période en 2024.
La CSCCA associe cette accélération notamment aux effets de l’insécurité sur les circuits de distribution. Le rançonnement des marchandises, les blocages routiers, la baisse de la production agricole et les difficultés d’approvisionnement en électricité ont contribué à augmenter les coûts.
Pourtant, la gourde s’est légèrement appréciée face au dollar américain. Le taux de change moyen est passé de 132,2 gourdes pour un dollar en 2023-2024 à 130,7 gourdes en 2024-2025.
Un budget plusieurs fois révisé
Les difficultés économiques ont également compliqué l’exécution du budget national. Fixée initialement à 323,445 milliards de gourdes, l’enveloppe budgétaire a fait l’objet de deux rectifications durant l’exercice.
La deuxième modification, intervenue seulement sept jours avant la clôture de l’exercice, a ramené le budget à 317,701 milliards de gourdes. Cette révision devait notamment permettre de réorienter des crédits faiblement utilisés vers certaines dépenses prioritaires.
C’est toutefois le faible niveau d’exécution des dépenses de programmes et de projets qui retient particulièrement l’attention de la Cour. Sur les crédits prévus à cette fin, seulement 46,8 % ont effectivement été exécutés.
Autrement dit, plus de la moitié des dépenses programmées dans cette catégorie n’ont pas été réalisées durant l’exercice. Pour la CSCCA, cette situation pose directement la question de la capacité de l’État à transformer les crédits budgétaires en infrastructures, services et résultats concrets.
Le constat est encore plus sévère pour les investissements du ministère de la Justice et de la Sécurité publique. Leur taux d’exécution n’a atteint que 3,3 %, malgré l’importance accordée à la sécurité dans les priorités nationales.
22,5 milliards de dépassement pour l’amortissement de la dette
La gestion de la dette constitue un autre point de préoccupation. Les dépenses consacrées à l’amortissement de la dette publique ont atteint 39,3 milliards de gourdes, alors que 16,8 milliards avaient été prévus.
La différence représente un dépassement de 22,5 milliards de gourdes. La CSCCA demande donc au ministère de l’Économie et des Finances de renforcer la transparence concernant l’encours de la dette, les échéances et les paiements effectués.
Dans le même temps, l’État a davantage recours aux Bons du Trésor pour financer ses besoins. La Cour appelle à surveiller leur coût, les échéances et les risques liés au refinancement.
La Cour réclame des comptes plus lisibles
Face à ces constats, la CSCCA recommande une meilleure préparation et une meilleure exécution des projets publics. Elle demande également la mise en place d’indicateurs permettant de mesurer les résultats obtenus grâce aux ressources dépensées.
La Cour veut aussi davantage de détails dans les documents budgétaires. Les dépenses devraient pouvoir être suivies par institution, programme, nature et catégorie, afin de faciliter le contrôle de l’utilisation des fonds publics.
Enfin, la CSCCA recommande un mécanisme formel permettant de suivre l’application de ses recommandations. Pour la Cour, plusieurs problèmes déjà signalés persistent d’un rapport à l’autre, ce qui souligne les difficultés de l’État à traduire les recommandations en réformes effectives.
La Rédaction







