Depuis le dimanche 8 février 2026, entrer aux États-Unis ne se limite plus au simple remplissage du formulaire Esta. Les autorités américaines imposent désormais aux visiteurs étrangers une obligation inédite : fournir l’historique de leurs réseaux sociaux sur les cinq dernières années, ainsi que leurs comptes de messagerie électronique remontant jusqu’à dix ans. À défaut, les voyageurs s’exposent à un refus d’entrée sur le territoire et à un retour immédiat, à leurs frais, vers leur pays d’origine.
Jusqu’ici, l’obtention de l’Electronic System for Travel Authorization (Esta), moyennant une trentaine d’euros, suffisait pour les séjours de courte durée. Désormais, la procédure se durcit sensiblement. Les douanes américaines exigent la liste complète des comptes numériques utilisés, les numéros de téléphone associés sur cinq ans, ainsi que l’ensemble des adresses électroniques employées sur une décennie. À ces données s’ajoutent des informations personnelles détaillées concernant les membres de la famille du demandeur : noms et prénoms, dates et lieux de naissance, coordonnées téléphoniques et adresses de résidence.
Cette collecte massive d’informations trouve son fondement juridique dans un décret présidentiel intitulé « Protéger les États-Unis contre les terroristes étrangers et autres menaces pour la sécurité nationale et la sécurité publique », signé en janvier 2025 par Donald Trump. Deux mois après la publication d’un avis officiel dans le Journal officiel américain, l’intégration des médias sociaux dans les demandes d’autorisation de séjour est ainsi devenue un « élément obligatoire de données ».
Les conséquences pour les voyageurs sont immédiates. Tout manquement ou refus de transmission de ces informations peut conduire à un refoulement à la frontière. Les agents des douanes disposent, en outre, de prérogatives renforcées : les déclarations effectuées en ligne peuvent être vérifiées, complétées ou contestées lors du passage au poste-frontière, accentuant le contrôle exercé sur les visiteurs.
Au-delà des questions de libertés individuelles et de respect de la vie privée, ces mesures suscitent de vives inquiétudes dans le secteur du tourisme. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les restrictions successives ont déjà provoqué une chute de 15 % des voyages organisés depuis la France vers les États-Unis. Les professionnels redoutent une baisse pouvant atteindre 30 % à l’été 2026. Selon le World Travel & Tourism Council, l’impact économique pourrait être considérable : jusqu’à 15,7 milliards de dollars de pertes et 157 000 emplois menacés sur le sol américain.
Si ces pratiques ne sont pas totalement inédites à l’échelle mondiale, certains pays d’Amérique latine, comme la Colombie, réclament déjà les profils numériques de leurs visiteurs, le poids des États-Unis dans l’industrie touristique mondiale confère à ces décisions une portée bien plus large. Les enjeux sont d’autant plus sensibles que le pays s’apprête à accueillir des événements d’envergure planétaire, à l’instar de la Coupe du monde de football 2026 et des Jeux olympiques de Los Angeles de 2028.
Des associations de défense des droits civiques redoutent que ces nouvelles obligations ne dissuadent de nombreux supporters et touristes de se rendre aux États-Unis, tout en facilitant une surveillance accrue des ressortissants étrangers.








