Haïti traverse une période d’incertitude, où la succession de nominations au sommet de l’État ressemble davantage à un jeu de chaises musicales qu’à une réponse cohérente à une crise grandissante.
Le Conseil présidentiel de Transition, désormais dirigé par Laurent Saint-Cyr, et la Police nationale d’Haïti, sous la direction de Vladimir Paraison, incarnent l’illusion d’un changement.
Pourtant, sur le terrain, la réalité reste inchangée — voire aggravée — d’un jour à l’autre .
Les récentes nominations ne s’accompagnent d’aucune vision stratégique claire.
Dans un État fantôme, où les structures sont fragiles, les rôles changent sans résoudre le mal profond du pays.
Changer de dirigeant ne suffit pas lorsque les institutions restent dépourvues de moyens réels d’action et de réformes lourdes pour les renforcer.
Dans ce vide de pouvoir, les gangs prospèrent et étendent leur emprise sur des pans entiers du territoire.
Port-au-Prince, notamment, est ravagée par des séries d’enlèvements, de meurtres brutaux, de pillages et d’intimidations.
Le quotidien des Haïtiens est désormais rythmé par la peur, l’incertitude, et un sentiment d’impuissance grandissante.
La PNH, malgré la détermination de certains agents, peine à contenir la crise. Faute d’équipement suffisant, de formation moderne et d’une chaîne de commandement stable, elle est dépassée.
La contamination — qu’on imagine autant morale que structurelle — par des acteurs criminels fait de la police une entité affaiblie, fragmentée et inefficace.
Le peuple haïtien, désormais privé de toute marge de patience, observe impuissant l’inefficacité des institutions censées le protéger.
Chaque minute d’inaction a un coût humain lourd. Derrière chaque kidnapping et chaque vie fauchée, se dessine la tragédie d’un État incapable d’assumer sa mission première : garantir la sécurité et la dignité de ses citoyens.
Remplacer des personnalités au sommet ne suffit pas à endiguer une crise multimodale où l’insécurité mime un tsunami silencieux.
Sans réformes structurelles — qu’il s’agisse de justice, de police, de lutte contre la corruption, d’équipement logistique ou de mobilisation citoyenne —, le changement reste factice et peine à enrayer l’hémorragie.
Pour inverser la tendance, la juxtaposition des efforts est nécessaire :
• Renforcer la PNH : dotation, formation, dépolitisation et enracinement local.
• Lutter activement contre la gouvernance fantôme : transparence, participation citoyenne et justice restaurée.
• Impliquer la communauté internationale de façon stratégique, sans tomber dans une délégation complète de la souveraineté.