Avocate sous l’apartheid, juge dans des procès liés au génocide rwandais, puis haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navanethem « Navi » Pillay a consacré sa carrière à la défense des droits fondamentaux. À 85 ans, cette juriste sud-africaine est annoncée ce vendredi 9 octobre, comme la lauréate du prix Nobel de la paix 2026, qui récompense son engagement en faveur de la paix et du droit international.
Selon les informations communiquées sur cette distinction, le Comité Nobel norvégien salue notamment sa contribution aux efforts visant à poursuivre les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Le prix est doté de 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,2 million de dollars américains. La cérémonie de remise est prévue le 10 décembre prochain à Oslo.
Née le 23 septembre 1941 à Durban, en Afrique du Sud, dans une famille d’origine tamoule indienne, Navi Pillay a grandi sous le régime de l’apartheid. À cette époque, les lois ségrégationnistes imposaient de profondes discriminations raciales et limitaient les droits de la majorité noire. C’est dans ce contexte qu’elle a commencé à construire un parcours professionnel marqué par la défense des personnes victimes d’injustices.
Des tribunaux sud-africains à la justice internationale
Après ses études de droit à l’Université du Natal, Navi Pillay rencontre des obstacles liés à la discrimination raciale lorsqu’elle cherche à intégrer un cabinet d’avocats. En 1967, elle ouvre son propre cabinet dans la province du Natal, devenant la première femme à exercer cette activité dans cette région.
Durant près de trois décennies, elle défend des militants opposés à l’apartheid et dénonce les mauvais traitements infligés aux détenus politiques. En 1973, elle obtient notamment que les prisonniers de Robben Island, parmi lesquels Nelson Mandela, puissent consulter leurs avocats.
Son engagement s’étend également aux droits des femmes. Elle participe à la création de structures d’accompagnement pour les victimes de violences sexuelles et domestiques. En 1992, elle contribue à la fondation d’Equality Now, une organisation internationale qui milite pour l’égalité des droits.
En 1995, après la fin du régime de l’apartheid, elle devient la première femme de couleur nommée à la Haute Cour d’Afrique du Sud. La même année, elle rejoint le Tribunal pénal international pour le Rwanda, chargé de juger les personnes accusées de crimes commis pendant le génocide de 1994.
Une décision marquante sur les violences sexuelles
Au sein de cette juridiction, Navi Pillay joue un rôle important dans l’affaire Jean-Paul Akayesu. En 1998, le tribunal rend un jugement historique en reconnaissant que le viol et les violences sexuelles peuvent constituer des actes de génocide lorsqu’ils sont commis dans les conditions définies par le droit international. Ces actes peuvent également relever des crimes contre l’humanité.
Cette décision contribue à faire évoluer la jurisprudence internationale sur les violences sexuelles en période de conflit. Elle établit plus clairement que ces violences peuvent engager la responsabilité pénale de leurs auteurs.
Navi Pillay rejoint ensuite la Cour pénale internationale en 2003. En 2008, elle quitte cette juridiction pour prendre la tête du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, fonction qu’elle occupe jusqu’en 2014.
À ce poste, elle défend la protection des victimes et le respect des droits fondamentaux. Elle soutient également des initiatives contre les discriminations, notamment celles fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
De 2021 à 2025, Navi Pillay préside la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur le territoire palestinien occupé. En septembre 2025, cette commission conclut qu’Israël a commis un génocide dans la bande de Gaza. Les autorités israéliennes rejettent ces conclusions.
Cette distinction est importante car il s’agit des conclusions d’une commission d’enquête, et non d’un jugement pénal définitif rendu contre des personnes par une juridiction internationale. Leur portée doit donc être présentée en tenant compte de la nature et du mandat de cet organe.
Navi Pillay est également associée à la procédure engagée par la Gambie contre le Myanmar devant la Cour internationale de justice, qui porte sur les accusations de génocide visant la minorité rohingya. Son parcours reste ainsi lié aux efforts internationaux pour documenter les crimes graves et déterminer les responsabilités dans le respect du droit.
Dans la lignée de plusieurs figures africaines
Si son attribution est confirmée, ce Nobel de la paix inscrira Navi Pillay parmi les personnalités africaines récompensées pour leur contribution à la paix et aux droits humains. Le continent compte notamment parmi ses lauréats Albert Luthuli, en 1960, Desmond Tutu, en 1984, Nelson Mandela et Frederik de Klerk, en 1993, ainsi que Wangari Maathai, en 2004.
Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee ont également reçu cette distinction en 2011, suivies du médecin congolais Denis Mukwege en 2018.
Le parcours de Navi Pillay relie plusieurs combats commençant par la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud, la reconnaissance des violences sexuelles comme crimes relevant du droit international et la défense des droits humains au sein des Nations unies.
La distinction annoncée souligne l’importance accordée aux mécanismes judiciaires internationaux dans la lutte contre l’impunité. Elle intervient toutefois dans un contexte où les enquêtes, les décisions judiciaires et la mise en œuvre du droit international restent au cœur de débats et de tensions diplomatiques.
La Rédaction







